Cyrano webPour la Quinzaine de la Francophonie, en collaboration avec l’Institut Français en Haïti, FOKAL accueille le 20 mars 2017 à partir de 6h pm, « CYRANO PROJECT ». Un spectacle de LA FACE NORD CIE d’après l’œuvre d’Edmond Rostand, mis en scène par Caroline Boisson, une conception et jeu soumis par Jérôme Sauvion.  

Comme chaque année, Haïti célébrera au mois de mars la quinzaine de la francophonie, un rendez-vous incontournable qui sera aussi l’occasion de fêter la richesse, le dynamisme et les valeurs de la Francophonie : « respect de l’État de droit et des droits de l’homme, égalité hommes-femmes, solidarité et diversité culturelle ».

À la veille d’une première, un metteur en scène reçoit une série d’appels téléphoniques. Tous ces messages lui apprennent que ses principaux collaborateurs renoncent à jouer Cyrano de Bergerac. Leurs motifs : la peur de l’enjeu, la volonté de gagner plus d’argent, le narcissisme prétentieux. Un temps effondré, seul dans la pénombre du plateau, il décide de passer outre et s’engage à interpréter l’œuvre en solo. Superbe défi qui le lance à corps et à cœur perdus dans la représentation de la pièce. Il choisit avec panache de concentrer l’essentiel de l’œuvre-fleuve de Rostand, se mobilise sur tous les personnages principaux et incarne tour à tour Cyrano, Roxane, Christian, le comte de Guiche, Valvert, Lignière, Montfleury, Ragueneau, les cadets de Gascogne. Il se focalise enfin sur le thème central de la comédie dramatique : les différentes stratégies de l’aveu amoureux. Cyrano Project, avec quelques coupures dans le texte original, dessine une émouvante « carte de tendre » en temps de guerre et en temps de paix. Roxane entre émoi sensuel et coquetterie, Cyrano entre passion fiévreuse et refoulement maladif, Christian entre désir impétueux et inexpérience adolescente, le comte de Guiche entre domination machiste et renoncement vengeur, restituent les enjeux profonds du récit en alexandrins. Sans que cette « réduction », comme on dit en langage orchestral, n’altère la puissance des mots et des situations proposés par l’auteur.

Riche dénuement

Jérôme Sauvion, concepteur et interprète, et Caroline Boisson, metteuse en scène, ont judicieusement opté pour une dramaturgie de la pauvreté. Honnête clin d’œil à leurs conditions de production et intelligente attitude artistique pour éviter d’être écrasé par l’œuvre monumentale de Rostand qui, au théâtre comme au cinéma, ne donne lieu qu’à des réalisations coûteuses. Du dénuement naît un spectacle avec quelques accessoires, des lumières précises et suffisantes, un son économe et juste. Et c’est sur le fond même de l’histoire de Cyrano de Bergerac qu’ils en tirent le plus grand profit. Pas d’effets lyriques, pas de fresques pittoresques ou guerrières, mais une invitation plus humaine, plus sensible à se rapprocher des personnages, une attention soutenue aux subtilités du discours amoureux. De plus, le recours à des gestes simples, à des attitudes corporelles esquissées, à des inflexions de voix nuancées, édifie un vocabulaire dramatique parfaitement lisible dans lequel la distance et l’humour trouvent aussi leur place. Des scènes comme celle où Christian, au pied du balcon de Roxane, tente de lui avouer son amour avec les mots que lui souffle Cyrano, caché dans l’ombre, ou encore celle de la dernière rencontre entre Roxane et Cyrano mourant sont remarquables d’une émotion exprimée et contenue à la fois.

Poignante solitude

Au terme du spectacle, Cyrano (Jérôme Sauvion), blessé à mort et juché sur une haute chaise, tend son regard vers la lune, appel désespéré pour que lui soient au moins reconnus son panache et sa générosité d’âme. Simple image d’une bouleversante humilité qui renvoie par sa maîtrise à toutes celles qu’il construit pour les autres figures de Cyrano Project. Souci constant de rigueur, de justesse avec l’exigence de renoncer à tout effet, à toute complaisance. Ses multiples interprétations fascinent comme les exploits d’un jongleur ou d’un cavalier que la solitude oblige à se dépasser.

J’ai assisté à l’avant-dernière représentation de la tournée dans la métropole lyonnaise. C’était une matinée réservée aux grands collégiens et aux lycéens. Écoute dense et plaisir partagé. Ce Cyrano mérite de reprendre la route pour le bonheur des jeunes et des adultes.

Extrait d’un article de Michel Dieuaide publié dans le journal « Les Trois coups »

LA FACE NORD CIE

La compagnie a été crée en 2003 sous l’impulsion de JÉRÔME SAUVION.

Le choix de cet étrange nom n’est pas une simple lubie. Il tient tout d’abord d’une profonde passion pour la montagne de la part de Jérôme Sauvion qui se pose d’entrée comme directeur artistique.

Les faces nord étant généralement réputées pour être les plus difficile à gravir, on peut aussi y voir un clin d’oeil à la complexité d’exister artistiquement de nos jours.

Et comme la peur des contradictions n’était pas à l’ordre du jour, un casque de scaphandre sous-marin comme logo de la compagnie nous est apparu comme une évidence.

Dès sa création, la compagnie ne s’interdit aucun domaine d’expression en lien avec le théâtre. Au fil des saisons, textes classiques et modernes, travail numérique et musique classique, graphisme scénique et langue des signes, adaptations de romans et écritures propres; tout sera mis à profit pour que naissent, les unes après les autres, les créations où se mêlent le plaisir du jeu, celui de la curiosité, du ludique et l’inventivité.

Le parcours, les créations…

A partir de 2003, Jérôme Sauvion met en scène ses propres écrits Certifié fils de, Le voyage de Monsieur D (théâtre, graphisme, musique classique et langue des signes). La compagnie travaille aussi bien sur des œuvres d’auteurs dramatiques contemporains comme La chute de Saïgon de Philippe Besson, La Fièvre de Wallace Shawn, Pas bouger de Emmanuel Darley ; que sur des adaptations théâtrales de romans comme Les petits enfants du siècle de Christiane Rochefort, Voyage au centre de la terre à la lune, fiction librement inspirée par Jules Verne et des textes et correspondances de guerre comme Nous crions grâce de Jacques Chambon et Et nous, nous ne l’embrasserons plus de Marie Noëlle Gougeon. La compagnie propose par ailleurs des versions décalées et modernes d’oeuvres du répertoire classique comme Le Malade Imaginaire de Molière et Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.

CYRANO PROJECT

D’après Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand – Conception et jeu Jérôme Sauvion

Mise en scène Caroline Boisson – Costumes et accessoires Gladys Glover

Création lumière, régie générale Pascal Nougier – photographie ÉMILE Zeizig.

Une création LA FACE NORD CIE

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