Note de la Direction de FOKAL

FOKAL CentreDepuis sa création en 1995, FOKAL s’est donnée pour mission d’aller vers les autres, de chercher à comprendre, écouter, échanger, agir. Afin de mieux saisir comment intervenir auprès des communautés, des organisations, des groupes, des institutions, voire des individus avec lesquels nous avons choisi de travailler, sachant qu’ils et elles partagent les valeurs citoyennes qui fondent nos actions. Notre parti pris a toujours été de renforcer l’existant, de compter sur la créativité et les tendances innovantes, d’aider à monter en puissance. Sans chercher à se mettre en avant, à se poser en donneur.euse de leçons, mais au contraire à utiliser au mieux les ressources dont nous disposons, tout en mesurant les limites de ce qu’il nous est possible de faire. Cela a signifié dès le départ la nécessité de se déplacer, de voyager à travers le pays, de se rendre à Pandiassou, à Pliché, à Grand-Bois, à Gros-Morne, à Vallières, à Dame-Marie, dans les Nippes, à Port-Salut, aux Cayes, à Jacmel, à Anse-à-Pitres, … à Port-au-Prince aussi, particulièrement à Martissant, partout où il nous a été possible de nous engager avec d’autres, et à contribuer à créer ce que nous avons appelé « des poches d’espérance ».

Cela signifiait surtout qu’il était possible de voyager dans le pays, que ce droit de circuler qui nous avait été ravi sous la dictature des Duvalier faisait partie de la conquête des droits acquis depuis une trentaine d’années, et nous permettait de mettre en œuvre une large part des programmes que nous avions conçus avec nos partenaires. Un grand brassage est né de ces déplacements, ici et là, chez les autres comme chez nous, car les possibilités de parcourir le pays permettait également des rencontres dans la capitale ainsi que les visites de collaborateur.trices de l’étranger. Signalons au passage le travail remarquable de nos programmes Média, Arts et culture, Initiative Jeunes, Bibliothèques, Education à la citoyenneté, Patrimoine, Développement durable.

IMG 6556Pas qu’il n’y ait pas eu de contrariétés, de moments de grande tension, de voyages annulés au cours de toutes ces années qui ont été également des périodes de turbulences politiques. Nous avons vécu des assassinats souvent de gens proches, assisté à des actes de répression de manifestant.e.s pacifiques, à des élections contestées, même à des attaques contre nous, entre autres actes « chimériques ». Mais malgré tout, le droit de circuler n’était pas mis en péril. Pendant longtemps, nos déplacements ont encore été possibles, alors même que l’existence de gangs armés n’était inconnue de personne. Nous savions que dans certains quartiers populaires, des jeunes étaient armés, payés, instrumentalisés par des forces obscures proches des milieux mafieux et du pouvoir.

Mais depuis trois ans, la situation n’a cessé de se dégrader et la grogne d’augmenter. Exprimée par divers secteurs de la société, pour la transparence, contre la corruption et l’impunité, et une opposition politique demandant le départ du Président de la République, elle a abouti au « peyi lòk /pays verrouillé », et en même temps à une intensification alarmante des actes de brigandage, de kidnappings, de viols, d’assassinats, et une dégradation continue des conditions de vie de la population.

DezenfoCependant, que nos activités soient réduites, que nous ayons dû nous mettre au virtuel, cela ne compte pas autant que les pertes des récoltes des paysans et paysannes faute de ne pouvoir accéder aux marchés, les jours perdus par les écolier.ères et les étudiant.e.s, les vicissitudes quotidiennes des transporteurs publics, l’angoisse des ouvrières qui, payées par jour travaillé, voient leurs revenus diminuer, et la détresse infinie de toutes celles, tous ceux qui vivent dans une immense précarité.

L’assassinat du Président Moïse survient alors nous vivons ces temps chaotiques et que nous sommes doublement confinés à résidence. Par cette situation de blocage qui limite considérablement les déplacements et nous maintient dans une inquiétante imprévisibilité quant à l’avenir d’une part, et d’autre part, par la pandémie du coronavirus dont les nouveaux variants ne nous ont pas épargnés. Pendant que les polices d’ici et d’ailleurs tentent de voir clair dans cet acte abject, inacceptable, on tire chaque jour à Martissant, à Delmas, à Simon Pelé, et les voies de sortie de la région métropolitaine sont encore sous contrôle de gangs armés.

Sortir de l’imbroglio politique, constitutionnel, institutionnel, sécuritaire et juridique dans lequel se trouve le pays prendra du temps, d’autant que les indicateurs économiques n’ont jamais été aussi alarmants. Il faut souhaiter qu’une démarche pleinement haïtienne finisse par proposer des scénarios hors des sentiers battus, dans l’intérêt national et la perspective d’une souveraineté pleinement reconquise. Redonner espoir, surtout aux jeunes !

FOKAL continuera à mettre en œuvre ses programmes, même lorsqu’il faudra en remanier certaines composantes, s’adapter à de nouvelles contingences, préparer la relève, et se réjouir aussi en toute modestie des récents succès de FREDA de Gessica Généus, de Guy Régis, Jr. et de Rose Lumane Saint-Jean, pour y avoir quelque peu contribué. Nous ne pouvons qu’espérer en même temps, la fin de cet interdit qui pèse lourdement sur la libre circulation dans le pays.

Mercredi 21 juillet 2021

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